Les comportements masculins problématiques, un point de vue féministe

Les comportements masculins que dénoncent les féministes peuvent être décrits en suivant la grille des « jeux de pouvoir » de Claude Steiner qui analyse les interactions dommageables possibles entre les gens. Ils s’appliquent en particulier aux relation femmes /hommes.

Les interactions se font au niveau physique ou psychologique. Les modalités peuvent être grossières ou subtiles.

1 – Physiques elles passent par le corps :

 Quand les modalités sont grossières :

L’interaction la plus grave est le meurtre. C’est le cas du féminicide conjugal. Une femme est tuée tous les trois jours parce que son compagnon ou son ex-compagnon considère qu’elle lui appartient et qu’elle veut le quitter. Parfois c’est un groupe d’hommes qui tue une femme considérant qu’elle doit suivre les règles de vie de leur communauté cf la jeune fille brûlée vive en France il y a quelques années.

Le viol, l’enlèvement et la séquestration (cf cette enfant enlevée en Autriche et qui a passé des années dans le sous-sol de la maison de son ravisseur et a eu des enfants de lui), les coups et mauvais traitements dans le cadre conjugal.

Les viols sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense. L’affaire Weinstein a donné l’occasion à beaucoup de femmes de raconter ce qu’elles avaient vécu et n’avaient jamais dit ; seules 10% de femmes dénoncent un viol ou une agression sexuelle.

 Ces comportements sont punis par la loi. Le problème des féministes est son application, la difficulté d’avoir des preuves en cas de viol en particulier et de non consentement aux relations sexuelles. Les tribunaux il y a quelques mois considéraient encore qu’une enfant de 13 ans pouvait avoir donné son consentement à des attouchements et pour une fille de 15 ans ayant subi un viol suivi de grossesse, ils ont requalifié l’affaire faisant passer le crime relevant de la cour d’assise à un délit relevant du tribunal de grand instance. Les féministes ont protesté sur Twitter et les décisions réexaminées.

 Quand les modalités sont subtiles :

Il s’agit de comportements vus souvent comme des comportements masculins normaux : toucher le corps d’une femme (les fesses, les seins, le sexe) dans l’espace public, le pelotage dans les transports en commun (Voir le film égyptien « les femmes du bus 678) ou au travail où le harcèlement sexuel est moins visible mais présent. : cf le geste de Laurent Baffie soulevant la jupe de Nolwenn Leroy lors d’une émission de « Salut les Terriens » (voir Le monde 2/10/2017). Elle a dit que c’était un ami et elle a remis sa jupe avec fermeté mais sans le lui reprocher, considérant qu’un ami pouvait se comporter ainsi, sans doute. cf aussi les témoignages de femmes qui modifient leur habillement pour garder leur liberté d’aller et de venir.

Ces comportements relève du harcèlement sexuel et sont depuis peu sanctionnables par la loi, mais les hommes disent la plupart du temps alors que la personne était consentante et que ça relève d’un jeu de séduction. Or selon un sondage réalisé pour M6 auprès de 2150 personnes du 22 au 26 septembre 2017, 72% des femmes ont déjà été victimes de remarques ou d’insultes à connotation sexuelle dans un lieu public, festif ou sur leur lieu de travail. Selon le rapport 2016 du Ministère de l’Intérieur « cadre de vie et sécurité », on compte 700000 victimes de gestes déplacés dont des baisers et des caresses contre leur gré. Pourtant ces agressions font l’objet d’une omerta.

Dans l’émission « On n’est pas couché » du samedi 30 septembre 2017 une femme politique ayant fait partie de la direction du parti écologique, Sandrine Rousseau a expliqué qu’elle reprochait à ses camarades militants leur manque de réaction et leur silence quand elle a été agressée sexuellement par un député de leur parti. Elle a pris conscience à cette occasion que la parole des femmes n’était pas entendue ni même écoutée et qu’elle dérangeait les gens. Elle a porté plainte, mais trop tard pour que l’agresseur puisse être condamné (pour des raisons de prescription) et elle a quitté la direction du parti écologique et créé l’association PARLER puis écrit le livre qu’elle est venue présenter. Elle est fière du travail de son association qui a entre autres « formé des gens pour accueillir la parole des femmes ». Sur ce qu’elle a vécu lors de cette épreuve elle refuse de revenir et évoque seulement à un moment le sentiment d’avoir été niée en tant que personne par son agresseur. Elle est dans l’action, son but étant de faire bouger les choses.

De manière générale l’espace public est majoritairement réservé aux hommes : les activités sportives sont ciblées : à l’intérieur pour les filles ; à l’extérieur pour les garçons.[1]

Lieux réservés aux hommes, interdits aux femmes : Les femmes en banlieue interdites de cafés. Cf témoignage d’Ariane Chemin et de Raphaëlle Bacqué enquêtant à Trappes. Les femmes interrogées ne voulaient pas de rendez-vous dans les cafés.

Les jeunes filles sollicitées dans la rue, suivies malgré leurs protestations.

Les femmes sont écartées et intimidées. Les hommes leur disent : votre place est à la maison, pas dehors (règle patriarcale).

La manière de se déplacer en couple, en guidant la femme et en la tenant par le coude, geste présenté comme de la galanterie est perçue comme de l’infantilisation par les féministes.

Celles qui revendiquent » le droit d’être importunées » y trouvent de l’agrément.

 Comment s’habiller hors de chez soi :

Pour aller travailler, les femmes doivent pouvoir circuler librement. Pour avoir la paix , les adolescentes s’habillent en garçons, portent le foulard, mais une fois entrées dans Paris elles se changent et s’habillent comme les autres filles (nombreux témoignages).

On estime qu’un français sur 3 estimerait aujourd’hui que la responsabilité d’un violeur est atténuée si la femme porte une tenue sexy.

A Lyon, lors d’une enquête auprès des passants, quatre jeunes femmes habillées de différentes manières ont été filmées. On a pu observer les réactions des passants réagissant à leur habillement un peu sexy. Pour les femmes cela ne posait pas de problème particulier sauf quelques unes (mais c’est la mode !) pour les garçons interrogés c’était une invitation à se faire draguer. Les filles ont répondu : on ne s’habille pas pour vous, mais pour nous !

 2- Les interactions au niveau psychologiques passent par les mots prononcés ou sous-entendus.

 Quand le niveau est grossier :

Les hommes ne s’embarrassent pas de forme. Il s’agit d’intimider. Ils passent par les mots et le ton : ton menaçant, insultes, dénigrement, plaisanteries sexuelles ouvertes en direction des personnes ou faites en groupes ayant une connivence comme ce fut le cas dans l’affaire LOL : des groupes de jeunes hommes du milieu de la communication qui disent avoir blagué sur Twitter entre 2009 et 2012 (ils en mouraient de rire soi-disant) sont dénoncés aujourd’hui. « Leurs blagues viraient au harcèlement misogyne et anti-féministe sur la Toile et parfois même dans la vraie vie avec dénigrement du travail de ces femmes et montage photo porno.  Depuis, certains d’entre eux ont fait de jolies carrières dans la presse, tandis que leurs victimes ont emprunté des chemins plus modestes, leur accès aux « grandes rédactions » ayant été entravé par ces cyberharceleurs »[2].

L’exemple des femmes politiques à la tribune de l’assemblée quand elles sont intervenues dans le cadre de leur fonction ont été confrontées à des gloussements de poule ou au refus d’un député masculin de leur donner leur titre. Le livre de Ségolène Royal en donne des exemples. Marlène Schiapa, dans une de ces circonstances a répliqué à l’un d’eux : « Gardez vos nerfs ! »

La culture sexiste reste importante dans notre pays.

Le niveau subtil :

Ils passent par le niveau caché de la communication, ce que l’AT nomme les transactions à double fond et échappent à l’attention : métaphores dévalorisantes (les Nanas, les Mémés, les Bobonnes, les Minettes).

Dans l’espace public, ils donnent une image dévalorisante des femmes : publicité sexiste, porno chic, référence aux rôles attendus pour les femmes cf la pub pour la crème fouettée Claudette qui a scandalisé les femmes et fait rire les hommes qui n’y voyaient pas malice.  Le message est dévalorisant (tu n’es qu’une pute), disqualifiant (tu n’y arriveras pas, c’est pas pour les femmes). Il s’agit d’obtenir l’obéissance, d’écarter la concurrence comme dans l’affaire du LOL.

C’est ainsi que beaucoup de femmes qualifiées renoncent à travailler dans le numérique alors qu’on aurait besoin qu’elles soient plus présentes. Dans le secteur du numérique en effet, 33 % des emplois sont occupés par des femmes, et 16 % seulement quand il s’agit de métiers techniques comme celui de développeur, selon les chiffres de Syntec Numérique, un syndicat de l’écosystème numérique français.

Alors qu’elle est un secteur d’avenir qui accompagne nos changements de mode de vie, voire les devance en orientant notre vision du monde, la tech accuse un retard abyssal dans le domaine de la parité hommes-femmes.

L’humour peut parfois être questionné, les femmes étant facilement accusées de manquer d’humour quand elles se sentent en fait maltraitées.

 Que disent les femmes ? : elles commencent à parler de leurs expériences et comprennent que c’est un combat à partager y compris avec les hommes. Le mouvement #metoo a débloqué la parole des femmes.

 Que disent les hommes ? Le plus souvent ils méconnaissent le problème car ils n’ont pas conscience du fonctionnement social au sein d’une société patriarcale. Sinon, ils disent que c’est eux qui ont été sollicités, aguichés. Comme tous les privilégiés ils ont tendance à ignorer que les avantages qu’ils ont sont naturels ? Qu’ils vont de soi.

 Que font les féministes ? Elles dénoncent systématiquement les différences de traitement dus au genre : différences de salaires, de postes, de traitement par la justice. Elles informent chacun, en particulier en utilisant Twitter, de toutes les anomalies qu’elles constatent et soutiennent les initiatives. Par exemple, elles relèvent systématiquement dans les journaux le nombre de femmes tuées par leur compagnon. Elles le font connaître. Les associations de lutte pour aider les femmes battues, pour aider les femmes à parler, pour les accompagner quand elles ont le courage de porter plainte. Elles sont présentes dans les émissions de télévision pour informer.

Ce qui manque c’est une formation de tous, en plus des enseignants et des travailleurs sociaux pour améliorer les relations . C’est une charte pour promouvoir l’égalité et cesser de favoriser la soumission à la loi du plus fort.

Agnès Le Guernic .

[1] Lire l’article de Yves Raibaud, géographe, le 25/03/2014 sur CNRS Le journal : Une ville faite pour les garçons. Lire aussi « Le sexe de la ville » publié par Les Nouvelles News, hors série.

[2] Lire l’article écrit par Isabelle Germain le 19 février 2019 sur Les Nouvelles News.

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