La femme dans l’espace public

Le thème proposé pour le café-femmes organisé par l’association L’assemblée des femmes de Paris  était la place de la femme dans l’espace public. Notre souci était de constater que les jeunes femmes n’avaient plus comme les précédentes générations la liberté d’aller et venir dans les rues de certains quartiers. Le milieu leur impose un certain nombre de contraintes concernant leur habillement et leur comportement. Or la liberté de mouvement est la condition nécessaire pour qu’elles puissent travailler et acquérir l’autonomie économique et c’est la clé de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Céline Pina mêle les exemples concernant le sexisme de rue que nous combattons et l’exclusion de la rue subie par les femmes musulmanes vivant dans les banlieues défavorisées. En effet, elle a débuté sa conférence en commentant le terme dévalorisant de « trainée » qui se disait d’une femme qui traine dans les rues. Pourquoi cette dévalorisation ? Cette expression qui ne s’emploie plus guère disait que les rues ne sont pas pour les femmes. Or en France depuis longtemps la majorité des femmes travaille et se déplace librement dans les rues. Certes pas aussi librement que les hommes : le harcèlement de rue à l’égard des jeunes femmes qui se déplacent seules montre qu’il y a encore du travail à faire pour l’égalité Hommes/Femmes. Mais avec le recul de l’égalité dans les banlieues, c’est toute une partie de la société qui nous fait régresser. C’est notre problème et c’est donc notre combat de républicains et de républicaines d’avoir à résister à cette régression.

La rencontre du 1er février organisée par l’association Assemblée des femmes visait à regarder ensemble de près les limitations imposées aux femmes dans leurs déplacements du fait du sexisme et les mesures pour y porter remède. Car l’espace public reste organisé par des hommes pour les hommes. Selon les endroits et les heures, les jeunes femmes surtout si elles se déplacent seules s’y sentent plus ou moins tolérées, ce qui se traduit par des regards insistants, des réflexions désobligeantes ou salaces, des propositions sexuelles déplacées. Pourtant on n’est plus au 20ème siècle, encore moins au 19ème.

L’aggravation de l’hostilité manifestée aux femmes dans l’espace public des banlieues est attribuée par Céline Pina à l’influence des islamistes et à leur politique à l’égard des femmes. Ils dictent leur loi dans les quartiers et imposent le voilement aux femmes, ce qui marque leur pouvoir. N’est-ce pas aussi la première décision de l’ayatollah Khomeiny en Iran quand il prit le pouvoir, établissant un état religieux ?

Alors que les droits conquis par les femmes leur donnaient plus de libertés en occident et que le reste du monde semblait avancer dans la même direction (regardez les photos de classes de filles en Afghanistan, en Algérie, au Pakistan et comparez avec aujourd’hui), voilà qu’un modèle de société fondé sur l’abaissement des femmes s’impose subtilement dans nos rues et fait régresser nos droits ! Ce modèle est patriarcal et je l’ajoute « endogame », reposant sur la reconnaissance de l’autorité de l’homme sur sa famille et du mariage entre proches, ce qui donne une société fermée sur elle-même et qui enferme ses femmes [1] au nom de la religion.

Les islamistes imposent donc aux femmes de rester à la maison ou de se voiler de préférence entièrement. Elles disent : « Pour avoir la liberté, il faut s’affronter et nous n’en avons pas envie !». Le contrôle de la sexualité par les religieux est source de frustration chez les jeunes hommes. Le choc entre une société assez permissive et des groupes humains frustrés a produit le scandale de Cologne où l’on a vu des femmes venues faire la fête à l’occasion du carnaval attaquées sexuellement par des groupes d’hommes d’origine maghrébine. Ce fut un choc pour tout le monde. Tout d’un coup la question s’est posée : doit-on dénoncer les actes de viol quand ils sont commis par des gens jugés les « damnés de la terre » ?

Nous avons donc un problème, collectivement. Céline Pina a repris les idées défendues dans son livre : lutter contre le multiculturalisme qui prétend donner des droits particuliers aux minorités, imposer le respect de nos règles et de nos lois, enseigner nos codes ce qui facilite l’intégration, aider les femmes à lutter pour leur liberté. C’est toujours un danger pour les femmes comme pour les hommes, mais elles ne sont pas des bébés phoques et elles doivent apprendre à se défendre si elles veulent être respectées.

Refusons donc de renoncer aux privilèges acquis lors des luttes passées, continuons à faire croître nos droits et battons nous pour que les femmes du monde entier accèdent à l’égalité.

Lors de la discussion qui a suivi on n’a pas pu aborder faute de temps les questions qui nous préoccupaient : comment font celles qui se battent pour redevenir visibles et avoir le droit comme tout le monde de « traîner » dans les rues ! Une autre réunion peut-être ?

[1] Lire Germaine Tillion : Le harem et les cousins