La fabrique de la défiance et comment s’en sortir.

C’est un nouveau livre sur le mal français, écrit par trois économistes,  Yann Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg, qui s’appuient sur des données statistiques précises pour décrire l’étendue des ravages  en France de la défiance généralisée. « La défiance est au cœur de notre mal. Elle détruit inexorablement notre lien social. Nous souffrons d’un manque de coopération et de réciprocité .. Le fonctionnement hiérarchique et élitiste de l’école nourrit celui des entreprises et de l’état. »

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De la république des cousins à la république des citoyens

Relire « Le harem et les cousins » de Germaine Tillion pour mieux comprendre les  mouvements de révolte actuels dans le Levant méditerranéen.

Dans son ouvrage, l’anthropologue Germaine Tillion distingue trois types de sociétés :

–       Les peuples dits « sauvages », qu’elle appelle la « république des beaux frères », société exogamique où l’alliance est obligatoire avec des non parents et qui est caractérisée par la croissance zéro. Ces peuples sont dispersés sur toute la terre. L’aire géographique peut correspondre aux territoires ignorés par l’antiquité gréco-latine. Là où elles survivent, elles sont pratiquement mourantes.

–       La société historique est la « république des cousins ». Elle vénère la parenté du côté paternel, est fanatique de la croissance dans tous les domaines : économique, démographique, territorial. Les hommes considèrent leurs devoirs de solidarité avec leurs parents en ligne paternelle comme plus importante que toutes leurs autres obligations y compris civiques et patriotiques. L’aire géographique est le monde méditerranéen. C’est une société endogame.

La société moderne qu’elle nomme la « république des citoyens » concerne tous les gens qui ont appris à lire, ont fréquenté une école, à qui on a expliqué ce qu’est un état, une nation, une patrie. Une solidarité importante lie les individus à ceux qui appartiennent à leur formation nationale. Elle s’étend partout où le terrain est favorable, dans les états structurés possédant au moins une grande ville et une langue ou une religion commune.

Elle écrit en 1964 pourquoi la république des cousins s’est maintenue jusqu’à nos jours dans le levant méditerranéen.

Aujourd’hui, avec les progrès de la médecine qui donnent aux enfants toutes les chances de vivre, la scolarisation générale, la poursuite de l’urbanisation et l’attractivité des autres modèles politiques devenus concrètement accessibles grâce au web, il semblerait que ce soit la fin du repli sur soi lié à la structure familiale endogamique.

Les anthropologues et les démographes analysent le cours du long terme et nous apportent une vision parfois surprenante concernant les événements qui nous bousculent. C’est ce qui me plaît chez eux.

Reste en ce domaine à être attentifs au sort des femmes : En Tunisie, beaucoup de jeunes femmes en tenue moderne dans la foule, en Egypte, très peu ; en Lybie, aucune. Il y a encore beaucoup de chemin à faire ! La démocratie, c’est aussi de refuser de faire des femmes la dernière des colonies.