Dire bonjour

Le problème de la solitude pèse lourd dans notre société de plus en plus individualiste. C’est sans doute le prix à payer pour avoir échappé au contrôle social étouffant des sociétés traditionnelles. Il n’empêche que nous ne sommes pas seuls, à aucun moment. Depuis notre naissance nous vivons dans des groupes plus ou moins nombreux où nous ne sommes jamais vraiment seuls. Et nous ne pouvons pas survivre sans les autres membres du groupe. A l’inverse des autres mammifères, un bébé humain dépend entièrement des adultes qui l’entourent et prennent soin de lui pour assurer sa survie. Il a besoin d’être nourri, porté, touché, caliné pour pouvoir atteindre l’âge où il devra à son tour prendre en charge avec d’autres le renouvellement des générations.

Mais peut-être, sans être jamais totalement isolé, avons-nous quand même l’impression de l’être. Nous disons alors : je suis seul, je n’ai personne, ou je n’ai que toi, ce qui pose d’autres problèmes ! Mais pour quoi faire ? Pour m’aimer ? Pour m’aider ? Pour s’occuper de moi ? Ou pour converser, s’aimer, travailler et donner un sens à sa vie ?

De quoi parlons-nous dans ce cas? Du sentiment de solitude. Il peut venir des manques de notre vie : manque d’êtres chers, disparus ou vivant au loin, manque d’affection et d’amour ou seulement insuffisance de signes d’attention. Il peut venir aussi de l’impression d’être différent, incapable de s’intégrer dans un groupe faute d’avoir appris à le faire dans le monde où nous avons grandi. Ce sont ces manques qu’on peut combattre, ces vides qu’on peut apprendre à combler, ces apprentissages qu’on peut faire, comme l’analyse transactionnelle nous y invite et nous l’apprend.

 

 

Je dis non à la solitude

Comment entrer en relation avec les autres, comment éviter de s’isoler, de rester à part, d’être banni, persécuté comme trop différent, rejeté, condamné à une solitude qu’on n’a pas voulue ? Comment créer des liens et les entretenir ?

On apprend d’abord à dire bonjour. C’est une des premières choses que les parents apprennent à leurs enfants avec « merci »  souvent nommé « le petit mot magique » : dis bonjour à la dame, au monsieur, à ta grand mère. On ne lui dit pas trop ensuite comment faire. Il suivra le modèle familial ou celui qu’on apprend à l’école. Entrer en relation avec l’autre s’apprend. On peut s’y entraîner.

Je vais vous inviter à explorer avec moi dans les mois qui viennent les chemins qui nous mènent vers une convivialité tranquille. Nous aborderons les relations dans notre famille qui nous ont servi de modèles, puis le monde des amis depuis l’école, le travail et la vie amoureuse qui débouche ou non sur la construction d’une nouvelle famille. Mon livre est publié sur Amazon avec version numérique et brochée. Bonne lecture.

Lecture féministe 7

Soumission des femmes : subie ou choisie ?

Dans son livre « On ne naît pas soumise, on le devient » la philosophe Manon Garcia met ses pas dans ceux de Simone de Beauvoir et pose la question de la soumission des femmes. Je vous propose quelques passages particulièrement  intéressants à propos de la relation des femmes au pouvoir.

La soumission est-elle naturelle ou apprise ? Est-elle forcément subie ou ne peut-elle pas être aussi parfois choisie ? Car certaines femmes choisissent la soumission :  Il y a de la soumission dans le fait de suivre la mode, de s’affamer pour entrer dans une taille 36 ou de prendre en charge l’intégralité de la charge mentale du foyer.  

La domination est une relation

Marion Garcia préfère parler de soumission plutôt que de domination et renverser le point de vue sur le pouvoir. C’est un des points qui m’ont intéressée particulièrement, en complément de l’approche de l’analyste transactionnel Claude Steiner concernant les jeux de pouvoir.

A n’étudier les rapports asymétriques de pouvoir que sous l’angle de la domination, on se prive d’une compréhension globale des rapports de pouvoir, en particulier des rapports de pouvoir asymétriques puisqu’on ne les envisage que d’un seul point de vue, celui du dominant. Etudier la domination comme relation de pouvoir asymétrique nécessite d’interroger les deux extrémités du rapport de domination.

Du côté du dominant cela consiste à se demander comment fonctionne la domination pour celui qui l’exerce.

  • Par exemple on peut se demander ce que cela fait de dominer ;
  • On peut aussi s’interroger sur l’efficacité de la domination en étudiant comment on fait ;
  • On peut aussi se demander ce que c’est que dominer, qui domine à un instant précis, pourquoi ces gens cherchent à dominer.

Mais la question toujours passée sous silence et cependant centrale dans l’analyse de la domination consiste à se demander comment fonctionne la domination pour celui sur qui elle s’exerce.

Analyser la domination c’est procéder à un retournement du regard, ne plus analyser les relations asymétriques depuis la simple perspective de celui qui les impose ou qui les crée, mais depuis la perspective de ceux et celles sur lesquels elles s’exercent. C’est faire l’hypothèse  que comprendre la façon dont la relation fonctionne pour ceux qui l’exercent ne suffit pas à rendre compte de ce qui se passe pour ceux sur qui elle s’exerce. Ne pas se tromper sur le sens du verbe « s’exercer ».

La domination est une relation. On peut faire l’hypothèse que cette relation a un effet sur qui est dominé ou soumis et que celui-ci, n’est, contrairement à ce que la forme verbale laisse entendre, pas absolument passif dans ce processus.

Le cheminement original de Simone de Beauvoir :

Elle est dans une position qui lui permet de donner à voir la soumission et plus généralement l’expérience des femmes. Elle est une femme. Cette qualité est la première qui lui vient à l’esprit quand elle cherche à se définir. C’est pour pouvoir penser ce qu’elle est qu’elle écrit « Le deuxième sexe ».Elle considère que certaines femmes dont elle fait partie sont dans une situation singulière car elles sont femmes et en même temps elles n’ont jamais eu à éprouver leur féminité comme une gêne ou un obstacle » tant et si bien que d’un côté elles connaissent  ce que signifie pour un être humain le fait d’être féminin »  et d’un autre côté, elles ont face à cette question une forme de détachement qui leur permet d’espérer que leur attitude sera objective ». ; elles peuvent s’offrir le luxe de l’impartialité.

La vie ordinaire échappe souvent à la philosophie parce qu’elle semble trop médiocre pour que les philosophes s’y intéressent, mais aussi parce qu’ils sont par leur position sociale à l’abri de cet ordinaire. Les  femmes voient certaines choses que les hommes ne voient pas en raison de la division genrée du travail domestique. Comme les femmes sont préposées au rangement et au nettoyage elles voient les chaussettes sales que les hommes ne remarquent même pas.

En tant que femme, Beauvoir fait apparaître la vie ordinaire dans toute sa complexité depuis les problèmes philosophiques que posent le ménage et la cuisine jusqu’aux enjeux que constituent la menstruation ou la puberté dans l’expérience du corps. Elle distingue chez elle et chez les femmes qui l’entourent les plaisirs du dévouement, de l’abdication. En tant qu’intellectuelle existentialiste pour qui la liberté est la valeur cardinale, elle est scandalisée par le spectacle de la soumission féminine.

Beauvoir propose une phénoménologie de l’expérience vécue de la soumission par toutes les femmes, à tous les âges, dans toutes les situations. Elle met en évidence le caractère généralisé et presqu’universel de la soumission féminine. Le monde dans lequel naissent les humains de sexe féminin est toujours déjà structuré par une norme de la féminité qui est une norme de soumission..

  • Elle décrit la vie des femmes dans sa complexité ce qui n’avait jamais été fait.
  • Elle la décrit telle qu’elles la vivent.
  • Dans Le deuxième sexe, les femmes apparaissent comme une multiplicité de sujets.

Elle s’appuie sur les expériences faites en première personne et elle multiplie les sources de récits à la première personne.

La puberté vécue, du corps à la chair :

Devenir chair se produit pour la jeune fille à travers le choc terrible que constitue pour elle la prise de conscience qu’elle est regardée. Beauvoir cite une femme qui dit « jamais je n’oublierai le choc physique à me voir vue » A partir de la puberté, dans l’espace public, dans la rue mais aussi dans les interactions familiales la jeune fille va comprendre que son corps est sexualisé par le regard des hommes. Alors qu’elle n’attirait pas d’attention particulière elle va se voir vue, examinée, se voir désirée. Son corps est devenu quelque chose qui ne lui appartient plus, qui est non plus son corps à elle, mais un corps de femme c’est-à-dire dans le regard des hommes un objet de désir. Son corps n’est pas son corps mais ce qui la fait apparaître dans le monde comme une proie possible.

Le consentement à la soumission

Il a des causes politiques, sociales et économiques qui proviennent de la domination masculine mais il résulte aussi du plaisir pris à la soumission. Leur conformité aux attentes de l’oppresseur est bien plus largement rétribuée que pour les autres groupes opprimés. Les femmes qui se soumettent consentent à un destin qui leur est assigné à partir d’une sorte de calcul coût/bénéfices dans lequel les délices de la soumission pèsent lourd face aux risques de la liberté.

Dans la société patriarcale,  les hommes et les femmes grandissent  dans un monde organisé par des normes sociales de genre qui prescrivent aux hommes l’indépendance, le courage et aux femmes la sollicitude et la soumission. Plus que la consternante solidarité des agresseurs entre eux, le grand ennemi d’une entente égalitaire entre les sexes qu’il est important d’identifier en nous et chez les autres, c’est le consentement des femmes à leur propre soumission.

Qu’en dites-vous ?

Paris 15 juillet 2022

Je dis non à la solitude

Créer des liens et les entretenir

Présentation du livre par Olivier Montadat (PTSTA O)

« La vie c’est le lien, le lien c’est la vie….

Agnès Le Guernic illustre cette nécessité et les moyens de créer du lien y compris quand c’est difficile pour nous. En effet, dans ce monde très stressant, la tentation de la solitude même si elle douloureuse peut être une « solution » pour certain.es.
En s’appuyant sur des concepts tirés de l’analyse transactionnelle, Agnès Le Guernic permet à chacun.e d’entre nous, que nous soyons « l’honnête homme / femme » ou bien encore professionnels de l’accompagnement, de savoir comment créer et entretenir le lien.
Nous sommes chacun.e responsable de la qualité de nos vie – y compris de sortir de nos solitudes – et ce livre nous permet de mieux assumer cette responsabilité.

Lecture féministe n° 5

Dans « Troubles dans le consentement, du désir partagé au viol » (Editions François Bourin) Alexia Boucherie a pour projet d’ouvrir la boite noire des relations sexuelles.

Après une introduction où elle affirme que le consentement sexuel est une pratique qui s’apprend,  à partir de ses enquêtes de terrain, l’auteur aborde  successivement :

  • L’ordre sexuel et ses normes
  • La fabrique des zones grises de la sexualité
  • « Je n’en avais pas envie, mais.. »
  • Apprentissages de la sexualité en hétéronormativité
  • Recevoir et produire de la violence : interpréter le viol
  • Quand l’intime devient politique : résister à l’hétéronormativité

J’ai choisi de sélectionner quelques passages qui m’ont paru particulièrement intéressants dès  qu’on réfléchit aux conditions d’une éducation sexuelle adaptée à notre époque et qu’on aborde les problèmes de violences sexuelles.

Elle donne d’abord une définition philosophique du consentement  : « Un acte par lequel quelqu’un donne à une décision dont un autre a eu l’initiative l’adhésion personnelle nécessaire pour passer à l’exécution ». On peut ainsi situer le consentement par rapport à la demande ou à la proposition : celui ou celle qui donne son consentement ne fait aucune demande. Il ou elle n’a pas l’initiative.

Autre opposition : une relation sexuelle consentie d’une qui ne l’est pas. On distingue ce qui relève de la sexualité de ce qui relève du viol.

Quelle est la légitimité à disposer du corps d’autrui ? Qu’entend-on par viol ?

Le viol, jusqu’en 1980 où la loi change, désigne un coït illicite avec une femme dont on sait qu’elle n’est pas consentante. Ensuite on admet que toute personne peut être violée et pas seulement des femmes. Un élément le caractérise :  la pénétration. L’acte de viol est cadré légalement mais pas la notion de consentement sexuel. On parle seulement de non-consentement (contrainte)

L’auteure insiste sur les conditions du consentement qui permettent d’écarter le soupçon de viol :

  • Le contexte avec la place de la liberté de chacun qui diffère selon les époques. On constate ainsi une remise à niveau des questions concernant le consentement à partir de la fin du 20ème siècle. Auparavant le corps des femmes était la propriété des hommes de la famille.
  • Le consentement peut être libre ou forcé (le oui est entre le choix et la contrainte).
  • Il doit être éclairé (dans le domaine médical et juridique, l’initiatrice du contrat doit dévoiler les composantes de l’acte).
  • Il doit être énoncé, exprimé d’où l’absence de doute.

En quoi notre pratique routinière des relations sexuelles supposées libres et éclairées est-elle troublée par les rapports de pouvoir inhérentes à un apprentissage genré du consentement ?

A l’heure où l’on prône l’égalité pour toutes pourquoi cette question du consentement est-elle si compliquée à mettre en œuvre ?

Le but de son enquête : éclaircir ce qui se trouve entre le sexe consenti et le désir, celui qui est consenti mais qui est non désiré (zone grise) et celui qui ne l’est pas (le viol).

Comment chez les individues se fait l’apprentissage des limites et des envies et le respect ou la transgression des limites dans un cadre de relations non viciées.

Les relations sexuelles les plus quotidiennes sont des lieux où s’exercent les rapports de pouvoir, d’où la nécessité de prendre en compte le contexte de la relation car nous exerçons ou subissons toutes des rapports de pouvoir dans une situation donnée en fonction des membres présentes en interaction qui influencent nos actions

On peut être critique face aux discours qui considèrent que

  • Le consentement est la traduction directe d’une envie et/ou d’un désir sexuel ;
  • Que chacun est en capacité libre et éclairée de dire oui ou non et de le verbaliser/ le montrer explicitement
  • Que les viols sont les seules relations sexuelles forcées
  • Et que toutes les autres sont- par opposition – les seules dénuées de rapports de pouvoir

La grille de lecture du genre rend compte du fait que le viol est favorisé par les rapports sociaux de sexe asymétriques. Il bénéficie d’un ancrage culturel par lequel il se perpétue que les féminismes militantistes appellent « culture du viol », les violeurs étant des hommes proches (famille, amis, voisinage).

Sexe et obligation :

Si les hommes hétérosexuels considèrent que leurs pratiques sont guidées quasi exclusivement par leurs envies, les femmes sont quant à elles plus conscientes de l’obligation que peut représenter le rapport sexuel dans leurs relations affectives et choisissent de s’y conformer ou non. Cela n’indique pas que les hommes sont entièrement libres mais les techniques de rationalisation divergent selon les positions sociales des individues au sein de la matrice hétérosexuelle.

Elles pouvaient dire non mais elles ont dit oui aux préliminaires, ce qui a laissé entrevoir qu’elles désiraient cette relation. Ce type d’argument persiste jusque dans les procès pour agressions sexuelles et viols. C’est la zone grise par conformité.

Le livre contient des extraits d’entretiens qui illustrent les différents points de l’enquête.