Groupes et A T dans le monde de l’éducation

En tant que professeur, formatrice d’enseignants et inspectrice des écoles, je place le groupe au centre de ma réflexion et de ma pratique.

 J’ai exercé comme professeur sans avoir une véritable formation à la conduite des groupes. Plus tard, comme inspectrice et directrice d’un centre de formation de personnels spécialisés, j’ai eu les outils de l’AT pour OBSERVER le fonctionnement des groupes lui donner du SENS et AGIR SUR LUI.

J’ai choisi d’aborder ici deux aspects :

I – LE GROUPE A L’ENTREE A L’ECOLE MATERNELLE

Le jeune enfant à 2 ans et demi ou 3 ans fait son entrée à l’école. Il est centré sur lui-même, individualiste. Son entrée à l’école maternelle est la première expérience de vie dans un groupe important composé d’adultes et d’enfants du même âge que lui.

Comment font les enseignants pour créer l’APPARTENANCE?

L’école est un lieu structuré en vue des apprentissages mais d’abord pour la socialisation des jeunes.

A l’école maternelle un travail systématique de

  • Structuration de l’espace
  • du temps
  • de la relation et du groupe.

1 La dimension de l’espace :

C’est celui de la classe et des lieux annexes : dortoir, réfectoire, toilettes, cour, grande salle où se fait l’activité de motricité.

Un lieu propre et des lieux collectifs, l’espace propre au groupe étant la salle de classe.

A l’intérieur de la classe,

  • un espace de regroupement près du tableau
  • un espace d’activité en sous-regroupements
  • un espace individualisé : bureau de l’enseignant, casiers au nom des enfants.

2 – la structuration du groupe : QUI? COMMENT?

En petite section , l’arrivée est échelonnée. Chaque enfant amené par sa mère ou son père entre dans la classe, va prendre dans une poche son “étiquette” carton où est inscrit son nom, parfois son code graphique (un dessin qui le symbolise) ou sa photo. Il la dépose dans “la maison des présents” et va jouer : (activités libres).

Quand l’heure est arrivée, l’enseignant ferme la porte; les enfants s’installent dans l’espace collectif. On regarde qui est là et qui n’est pas là. Les absents appartiennent au groupe. Ceux qui sont en retard aussi.

Les membres du groupe sont ceux qui ont le droit d’être là.

En général, les enfants se nomment un à un, ajoutant “Je suis là” et disant “il est là! “ ou “il n’est pas là!” à propos de leurs camarades.

A l’école la verbalisation permet de construire les concepts en même temps que les termes qui les désignent.

A plusieurs moments de la journée ou de la semaine le groupe-classe s’oriente vers un moment collectif par regroupement dans un endroit qui favorise le sentiment d’appartenance:

– accueil du matin : rituels communs

– explication des consignes : préparation des activités

– goûter: prise en compte des besoins

– activité de motricité : développement moteur et libération de l’energie

– heure du conte : importance de l’imaginaire. Création d’un imaginaire commun au groupe social.

L’identité de chacun dans le groupe est célébrée à l’occasion des anniversaires.

 

Les relations à l’intérieur du groupe sont structurées aussi :

La relation à l’adulte (enseignant et assistante maternelle) qui est privilégiée par les petits (frontière majeure interne). L’enseignant est le responsable qui s’occupe de la frontière externe. C’est lui qui commande entrées et sorties de l’espace de la classe. C’est lui le responsable des enfants.

Un début de relations contractuelles est possible : dans certaines classes dans la perspective du développement de l’autonomie, certaines tâches sont affectées par roulement : ranger, placer les étiquettes de la date ou du temps, distribuer des gâteaux lors du goûter…

Les relations entre eux qui fait l’objet d’une mise en place progressive : sous-groupes identifiés par une couleur pour les activités tournantes (frontières mineures internes), activités motrices par deux ou ludiques à deux ou plus .

3 – La structuration du temps :

Au début de la journée, après l’identification des présents, les rituels de la date, du temps qu’il fait. Ils sont toujours les mêmes, car c’est la répétition des actions avec les paroles qui vont avec  qui construit le temps social, celui de l’école.

Le temps de l’année scolaire, c’est celui des saisons, des anniversaires, des fêtes carillonnées, le temps de la nature et de la vie en société.

Le groupe se développe dans la durée avec ses rituels, ses passe-temps, ses activités, ses jeux psychologiques , ses moments d’intimité et de retrait.

 II – LA FORMATION D’ADULTES SUR UNE ANNEE SCOLAIRE :

 Récit d’une expérience de direction d’un centre de formation d’enseignants spécialisés.

1 – LE CONTRAT :

En début d’année : présentation du contrat triangulaire :

– les stagiaires sont rémunérés pour ce stage : ils ont des droits et des obligations

– les formateurs aussi

– il existe des marges de manœuvre, d’où le contrat entre les stagiaires et l’équipe avec des règles explicitées.

 C’est ainsi qu’on construit une frontière externe protectrice et une frontière majeure interne souple :

On pourra donc traiter les problèmes

  • des absences et des retards
  • des contrôles
  • de la prise en compte des besoins spécifiques par rapport aux besoins de l’institution avec  une partie de l’année pour satisfaire l’institution (apprentissages imposés) et une partie pour répondre aux attentes personnelles des stagiaires (apprentissages libres)

2 – LA MISE EN PLACE D’UN DISPOSITIF DE RÉGULATION :

Recherche de modalités de régulation du groupe de stagiaires.

 A l’époque, je suivais un groupe de supervision d’Alain Crespelle et je lui avais demandé si je pouvais envisager un dispositif de régulation, sachant que j’étais dans une relation hiérarchique avec les membres de  mon équipe et avec les stagiaires , étant inspectrice de l’éducation nationale. Il m’avait répondu : “C’est impossible, mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer!”. C’est ce que j’ai fait. C’était une belle permission qui lui ressemblait beaucoup.

Mise en place de réunions entre formateurs et stagiaires pour exprimer directement ce qui va et ce qui ne va pas. C’est contraire à la culture de l’institution Education Nationale où tout se fait par délégation.

Pourtant les courants militants, comme la pédagogie institutionnelle et le mouvement Freinet, utilisent ces procédures avec des élèves même jeunes ( LE CONSEIL).  Je me suis appuyée sur cette culture commune des mouvements pédagogiques en introduisant ce que j’avais appris en AT sur la manière de conduire une régulation de groupe ou de l’utiliser comme moyen de formation.  En effet l’apprentissage de savoir-faire et de savoir-être est rendu possible  non seulement par modélisation (qui est la méthode traditionnelle), mais aussi par l’expérimentation de dispositifs nouveaux et l’entraînement car ils permettent de faire apparaître des processus analysables. Le partage d’outils d’analyse qui deviennent communs devient alors nécessaire.

 

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