Trois décrypteurs de la communication humaine

Pour comprendre ce qui est à l’origine d’une véritable révolution dans l’approche de la communication au cours de la seconde moitié du 20ème siècle, il faut se reporter à la période de l’après guerre aux Etats –Unis et citer trois grands noms de savants attachés à la compréhension de la communication humaine et soucieux d’efficacité thérapeutique dans le soin des maladies et désordres mentaux : Milton Erickson, , Grégory Bateson et Eric Berne.

Ces trois inventeurs ont changé notre conception de la communication interpersonnelle dans le dialogue thérapeute – patient, puis thérapeute – client, changement qui s’est étendu à tous les dialogues professionnels avec des applications à la vie sociale et parfois même privée.

 Milton Erickson (1900-1980) : médecin psychiatre et psychologue, il a renouvelé l’hypnose  et fondé en 1950 la société américaine d’hypnose clinique. Dans cette application, il utilise un mode de communication particulier, de type paradoxal, le  patient étant en état de transe. Sa pratique a influencé le groupe de Palo Alto et l’observation systématique des enregistrements de son travail a inspiré plus tard la PNL, créée en 1975. Le travail des sophrologues et le rêve éveillé dirigé sont dans la continuité du travail de Milton Erickson.

 

Gregory Bateson (1904-1980) : Anthropologue, il a  fait équipe avec son épouse, Margaret Mead,  sur le terrain à Bali. Il aborde la communication en anthropologue, à partir de l’observation fine des informations contenues dans le comportement conservées grâce aux films. Il en a tiré la théorie du double lien (1956). Chargé d’une étude sur la communication dans les familles à tendance schizophrénique, il a été conduit à s’intéresser à la maladie mentale qu’il analyse comme une réponse aux messages paradoxaux, donc véhiculant des messages contradictoires, reçus dans certaines conditions contraignantes.

Autour de lui, une équipe de chercheurs : anthropologues, psychologues , médecins psychiatres, psychothérapeutes, ont constitué ce qu’on appelle le groupe de Palo Alto. Quelques étapes importantes : la publication de la théorie de la schizophrénie en 1956, la création d’un centre d’études, le Mental Research Institute, en 1959  et la création d’un centre de thérapies brèves en 1967.

A partir de 1967, publication d’ouvrages nombreux sur la nouvelle communication et les nouvelles thérapies dont deux ouvrages essentiels de Paul Watzlawick traduits en français : « Une logique de la communication » (1967, avec J Beavin et D Jackson) qui contient l’analyse des propriétés de la communication et « Changements, paradoxe et psychothérapie » (1974, avec J Weakland et R Fish) sur le changement et l’intervention.

Eric Berne (1910-1970) : Médecin psychiatre, de formation psychanalytique au départ, il a élaboré une théorie nouvelle, l’analyse transactionnelle qui est non seulement une théorie du fonctionnement de la personne, mais aussi une théorie de la communication interpersonnelle complète et cohérente, avec les notions de « signe de reconnaissance » (le contenu ), de « transactions » (la structure) qui incluent les différents niveaux de messages et de processus relationnels répétitifs (les automatismes). Ces types de relations piégées alimentent un plan de vie décidé inconsciemment dans l’enfance et dont certains restent prisonniers.

En 1950, il ouvre un séminaire hebdomadaire où se retrouvent des médecins, des psychologues et des travailleurs sociaux, le séminaire de psychiatrie sociale de San Francisco. En 1957 et 1958, paraissent deux articles importants sur les états du moi et sur sa méthode. Entre 1961 et sa mort, il publie « Analyse transactionnelle et psychothérapie », « Dynamique des groupes et des organisations », « Des jeux et des hommes », « Principes de psychothérapie  de groupe ». Son dernier  ouvrage, sur le scénario de vie, paraît après sa mort en 1971.

Le groupe de Palo Alto  et Eric Berne ont développé leur réflexion au moment où dans les sciences se développait l’approche systémique. Elle a été totalement adoptée par le groupe de Palo Alto qui l’a appliquée aux systèmes familiaux.  Elle a beaucoup influencé Eric Berne : les états du moi sont des sous-systèmes du système du moi ; les relations pathologiques fonctionnent avec la collaboration des partenaires ; le niveau non verbal des échanges l’emporte pour le résultat ; l’intervention positive favorise le changement.

En revanche les deux théories se différencient par le fait que le groupe de Palo Alto se limite à l’observation externe des comportements alors que l’analyse transactionnelle propose une théorie du fonctionnement du moi qui est en cohérence avec la théorie des échanges.

Elles sont complémentaires. La première va nous être très utile pour comprendre le jeu social, les rôles, les systèmes de complémentarité et de compétition, les imprévus de la communication et la deuxième va nous permettre d’aller plus loin dans l’analyse, de comprendre quels sont les besoins en cause, d’anticiper sur la suite, de mettre en place d’autres systèmes relationnels plus sains, plus efficaces ou plus respectueux des besoins de chacun.

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *