Le rôle des contes de fées dans la transmission du modèle patriarcal

Le conte  parle à l’enfant de la famille où il est né et où il vit et s’il est une fille il la projette dans un avenir  où elle est censée fonder ailleurs une autre famille (c’est la règle de l’exogamie). Le garçon restera dans sa famille d’origine. Ce sera le cas aussi pour la fille qui n’aura pas trouvé à se marier. Sans l’intervention de sa marraine, la fée, Cendrillon serait restée au service de son père, de sa marâtre et de ses soeurs.

Le type de structure de la familleoù l’enfant grandit définit le cadre des relations et la place de chacun : lien parents/enfants (inégal avec dépendance), lien entre les parents (égal ou non, dépendance financière ou non), entre les frères et sœurs (plus ou moins égaux en fonction de l’âge, du sexe et éventuellement du décès d’un des parents pour les orphelins), lien avec les grands parents dont on reconnaît ou non l’autorité, présence de parentèle où l’on peut placer la marraine-fée. Les statuts sont différents, chacun correspondant à des privilèges.

Le type de famille dans le conte est patriarcal et exogame, à la différence des familles patriarcales et endogames où l’on se marie dans la famille[1]. C’est un monde ancien et qui l’était déjà du temps de Perrault, mais on est dans le temps long. L’autorité appartient à l’homme, le père, le roi. Elle peut être détournée à son profit par la marâtre, l’ogresse, la sorcière. La reine est l’épouse du roi. Elle a de l’influence si elle est très riche (l’ogresse de « La belle au bois dormant ») ou très belle (« Peau d’âne »), mais sans aucun pouvoir. Le fils du roi est  objet de désir car il a la clé du pouvoir puisqu’il succèdera à son père.

En passant du statut de « princesse » (fille de son père, le roi) à celui de reine (épouse du roi et mère), la jeune fille prend sa place dans la société. Elle montre la voie aux petits qui écoutent le conte à un âge où ils ne savent pas encore lire, mais où on leur lit les contes de fées.

La structure familiale se transmet d’une génération à l’autre par imprégnation du modèle sans que la moindre prise de conscience soit nécessaire. Dans un pays aussi diversifié dans ses cultures qu’est le nôtre, on voit coexister plusieurs types de structures familiales. On s’attend à ce que chaque enfant s’adapte au fonctionnement de sa famille et le reproduise inconsciemment : soumission à l’autorité, respect des statuts et des rôles.

Les contes ayant des héroïnes filles racontent différentes histoires d’amour. Les héroïnes n’ont pas le même âge ni le même statut social, mais presque tous les récits finissent par un mariage. Ils vont permettre de mettre des mots sur les sentiments, tels qu’ils sont vécus dans les relations familiales. Pensons à Blanche Neige en butte à la jalousie de sa belle-mère, à Cendrillon subissant les méchancetés de ses demi-sœurs à Chaperon rouge découvrant  le loup dans le lit à la place de sa grand-mère.

Ils proposent aussi plusieurs scénarios romanesques. Les histoires se déroulent avec péripéties, dangers affrontés, puis dépassés, fin heureuse le plus souvent comme c’est la règle pour les romans d’amour.

 

 

 

[1]Germaine Tillion : Le harem et les cousins.

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