Mémoire oubliée de l’esclavage

J’enchaine sur l’intervention de Céline Calvès sur facebook à propos de la commémoration de la mort de Napoléon, l’homme qui a rétabli l’esclavage que la Convention avait aboli.

Entre abolition de l’esclavage à la révolution et rétablissement de l’esclavage par Napoléon en 1802, que lire sur cette période ?

  • le grand roman d’Alejo Carpenter : Le siècle des lumières raconte l’installation à la Guadeloupe, reconquise sur les Anglais, du nouveau commissaire Victor Hugues, qui proclame l’abolition, votée par la convention montagnarde, mais sans appliquer une réelle libération des esclaves qui doivent continuer à effectuer un travail « forcé » sur les plantations. Il mène une guerre de course sans réussir à reprendre les autres îles. La Martinique, occupée par les Anglais entre 1793 et 1802, reste à l’écart de la mesure. Je me souviens du passage où Victor Hughes sur le bateau qui l’amène contemple la guillotine, instrument sinistre du pouvoir du commissaire de la république en cette période de guerre contre le reste de l’Europe.
  • Le beau livre d’André Schwarz-Bart : La mulâtresse Solitude récit de la vie d’une « femme debout » contre le rétablissement de l’esclavage, comme l’a signalé Céline Calvès.
  • Sans oublier Simone Schwarz-Bart, sa femme, auteure de Pluie et vent sur Telumée Miracle.
  • Pour entrer dans le monde antillais, lire un roman de Joseph Zobel, la rue case nègres. Il y a là un récit d’une veillée funèbre scandée par les chants qui est splendide, magique. On y découvre que la période de l’esclavage est plus proche qu’on ne le croirait quand on mesure le temps par génération : si ton grand-père t’a raconté ce que son grand-père lui racontait , on y est presque !

Nos besoins ne comptent pas pour rien!

Nous avons tous intérêt à connaître nos besoins fondamentaux : besoins de stimulations, de structure et de signes de reconnaissance ou de position, selon l’analyse transactionnelle. Les besoins de stimulations changent selon notre âge, notre état de santé, la période de l’année. Ainsi un enfant rêveur a-t-il besoin de moments de tranquillité, de silence, de retrait. Un autre a besoin de se dépenser davantage ; il travaille sur fond musical et le silence lui est insupportable. En vieillissant, on peut préférer le calme et la tranquillité, mais pas toujours. Connaître ses sources de stimulations préférées et être attentif à celles de son entourage  est un gage de vie harmonieuse.

L’analyse transactionnelle classe les signes de reconnaissance entre signes positifs ou négatifs, chacun  parlant de la personne ou du comportement. Ils nous sont apportés par les contacts de la vie sociale : famille, travail et loisirs. Les signes de reconnaissance les plus recherchés sont  les positifs. On aime se sentir vu, apprécié pour ce qu’on est ou ce qu’on fait. Mais il est bon pourtant d’être averti par les autres de ce qui ne va pas dans notre manière d’être ou de nous comporter.

Posez-vous la question  « Si j’était une petite souris écoutant mes amis parlant de moi, qu’aimerais-je entendre dire ? Qu’est ce que je détesterais entendre dire de moi ? Et si c’était des gens que je n’aime pas beaucoup, qu’est-ce que j’aimerais entendre dire de moi et qu’est ce que je détesterais entendre dire ? »

Dans le cas où vous êtes un homme, supposons que vos amis disent :

– Il est intelligent, mais un peu arrogant parfois.

– C’est un bosseur qui connaît ses dossiers.

– Il a du charme. Il est très séduisant !

– Ses plaisanteries sont parfois douteuses.

Si vous êtes une femme mettez la phrase au féminin. Est-ce pareil ?

Supposons que des personnes que vous détestez peut-être disent la même chose, quelle serait votre réaction ?

Nous attendons de nos amis qu’ils nous trouvent pleins de qualités et qu’ils excusent nos travers, qu’ils nous disent ce qu’ils aiment en nous et taisent nos défauts, car il n’est pas agréable de s’entendre dire qu’on est arrogant ou qu’on fait des plaisanteries douteuses. Pourtant cela pourrait nous rendre service de savoir quel effet nous faisons aux autres.

Comment obtenir des signes de reconnaissance ? On augmente ses chances en en donnant. Ceux qui en donnent volontiers et qui acceptent ceux qu’on leur donne sont considérés comme ouverts, aimables et conviviaux. Leurs relations sont plus faciles. On peut aussi en demander, mais si on n’en donne guère, l’issue est incertaine. Dans les familles la gestion des signes de reconnaissance est généralement répétitive : ce sont souvent les mêmes qui donnent et les mêmes qui reçoivent. C’est intéressant d’identifier comment le système fonctionne, quel type de signe de reconnaissance on donne et quel type on reçoit. Si les différences font problème, en parler.

Que faire ? Que dire ? quand on a du mal à donner des signes de reconnaissance ?

Il ne s’agit pas seulement de faire des compliments ou des critiques, mais de marquer son attention :

– Demander à l’autre son avis, son opinion ou un conseil.

– Prendre le temps de s‘intéresser à ce qu’il fait, à ce qu’il aime.

– Faire en sorte qu’il sente qu’il existe pour vous et qu’il est important.

Mais il le sait, me direz-vous. Peut-être ou peut-être pas, mais c’est de toute façon mieux quand c’est dit.

Le besoin de structure peut concerner l’espace, la relation ou le temps.  Certains aiment un espace dépouillé, presque vide, d’autres l’encombrent, l’emplissent. A l’un les vastes espaces, à l’autre les lieux confinés, populeux, vivants, les villes pleines de bruit. Certains gardent avec autrui une distance minimum, d’autres se tiennent tout près de leur interlocuteur.

Dans la relation, nous avons besoin de savoir qui fait quoi, quel est le rôle de chacun, quelle est sa responsabilité. C’est en rapport avec le besoin de position.

Les six manières d’occuper le temps sont toutes indispensables, mais leur répartition change aussi avec l’âge, l’époque et les moments forts de la vie. Berne les a classées en fonction des signes de reconnaissance qu’ils nous apportent.

  • Le retrait ne nous en apporte guère, sauf ceux que nous nous donnons ;
  • les rituels sont le minimum vital de contact avec autrui en société : certaines personnes isolées n’ont plus personne à qui parler ; elles doivent se contenter d’un mot gentil du commerçant ou du salut du gardien d’immeuble ;
  • le passe-temps occupe davantage, mais évite tout ce qui est important et impliquant : la pluie et le beau tems, la vie qui renchérit, les professionnels qui font leur travail de plus en plus mal, les soucis apportés par les enfants, tous ces bavardages parentaux sont autant de passe-temps.
  • L’activité est une très grande source de signes de reconnaissance positifs et négatifs, portant sur la personne ou le comportement ;
  • Les jeux psychologiques encore plus ;
  • L’intimité est la manière d’occuper son temps qui apporte les signes de reconnaissance les plus intenses. Mais les déceptions du passé nous en limitent l’accès, lorsqu’on dit par exemple : Je ne veux plus aimer car je ne veux plus souffrir

Ces six manières ont chacune leur place dans la vie des groupes. On n’entre pas dans l’activité sans franchir d’abord les étapes du retrait, du rituel et d’un peu de passe-temps. S’il se prolonge, c’est pour éviter l’activité. Les bavardages en classe ou dans les réunions correspondent au passe-temps. Le responsable du groupe veille à les réduire, mais il peut aussi les organiser : si les stagiaires travaillent en très petit groupe, leurs échanges ont des chances de comporter plus d’activité que de passe-temps. Les jeux psychologiques qui se manifestent par des disputes et des éclats servent aussi à éviter l’activité : l’énergie est mobilisée par les processus relationnels dommageables à la place de l’activité. Les jeux servent aussi à éviter l’intimité. Elle est plus rare dans les lieux de  travail, mais les groupes qui marchent bien savent ménager des moments d’émotion qui relèvent de l’intimité et font le charme de la vie de groupe.

Chaque manière a son utilité : le retrait permet la réflexion, le repos : on reste centré sur ses pensées, ses sentiments, son ressenti corporel. Les rituels nous mettent en contact de manière sommaire avec notre entourage social. Le passse-temps , occasion de parler de tout et de rien accorde plus de temps à la relation que le rituel qui est souvent non-verbal. Lors des passe-temps on tâte le terrain : jusqu’où peut-on aller plus loin dans la relation ? L’activité est importante : nous sommes en relation avec nos collègues, nos partenaires de vie ; des tâches nous relient ; que faire alors à la retraite ? Les jeux psychologiques sont autant de moyens de maintenir des relations intenses, même sitout cela se termine mal. Au moins nous nous sentons vivants ! Quant à l’intimité c’est une manière de vivre la relation sur un mode tranquille ou intense en sécurité.

Que se passe-t-il en cas de « burn out » ?

Sous l’effet du stress, le temps vécu se désorganise. Les moments de retrait qui favorisent d’habitude le ressourcement sont envahis par les préoccupations qui sont en rapport avec l’activité et les jeux psychologiques. Les tensions qui vont avec ne trouvent plus de moment pour être apaisées. La personne pense à son travail ou aux relations de travail éprouvantes et ne parvient plus à dormir et à stopper le bouillonnement de son esprit. Les jeux s’auto-alimentent. L’activité cérébrale tourne à vide, ce qui conduit à l’épuisement. Le corps est oublié ; les bonnes sensations corporelles ne sont plus accessibles. Les remèdes de la méditation, de la contemplation de la beauté deviennent hors de portée car l’esprit est envahi par les obsessions.

Que faire ? Se recentrer sur son corps : respiration, massages, méditation ; retrouver la capacité de faire le vide dans son esprit. Se reconditionner en se formulant des messages positifs comme de se féliciter d’avoir réussi telle chose dans la journée, d’avoir apprécié la beauté de telle fleur, de tel paysage, de tel geste. Se réapproprier les fonctions de ressourcement du retrait. Relancer les rituels et les passe-temps en les regardant comme tels : des contacts stéréotypés avec les autres liés à nos besoins d’êtres humains socialisés. Penser à ce que vous êtes en train de faire. Regarder les gens, les voir !

Enfin, si vous vous occupez bien de satisfaire vos besoins, pensez aussi à ceux des autres !

L’amitié est-elle soluble dans le covid ?

Je vous propose l’analyse d’une situation de conflit à partir de l’article de Zineb Dryet dans Le Monde des 4,5,6 avril 2021  : L’amitié est-elle soluble dans le covid ? Il porte sur les relations amicales, mises à rude épreuve par les restrictions qu’impose la crise sanitaire. Je le résume ci-dessous avant de le commenter.

Une amitié de plus de 20 ans pour Julie et Sofia (37 ans ). Sofia est partie avec sa famille en Normandie où elle a une maison au bord de la mer. Julie est restée à Paris dans son petit appartement. Au début elles s’écrivent beaucoup , échangent des nouvelles. Julie plaisante sur « l’exode »  de Sofia qui fait l’école aux enfants dans le jardin et améliore sa recette de tarte aux pommes. Elles finissent par se disputer, Sofia ne supportant plus l’ironie de Julie et Julie la situation privilégiée de son amie. Elément à prendre en compte : c’est une amitié ancienne fusionnelle, avec fous rires, confidences, régressions. Lire plus loin

De l’inconvénient de juger les autres et de leur faire la leçon

Pourquoi détestons-nous autant nous sentir jugés, critiqués ? Pourquoi réagissons-nous vivement quand on nous fait la leçon ? Parce que, bien qu’étant des adultes, nous nous sentons traités comme si nous étions des enfants face à des parents autoritaires qui nous jugent et nous dévalorisent. Nous sommes coincés en position basse, en position de dominés et, comme le disent les analystes transactionnels, nous réagissons alors automatiquement depuis notre état du moi Enfant, face à un interlocuteur se trouvant dans l’état du moi Parent[1].

L’état du moi Enfant est la partie la plus ancienne de notre personne. Elle contient les traces partiellement oubliées de l’enfant que nous avons été, avec ses sentiments et ses pensées se manifestant par des comportements caractéristiques de cette période : tantôt c’est la soumission, tantôt c’est la rébellion face aux figures parentales ; tantôt aussi ce sont les questions témoignant de la réflexion, le jeu libre avec les camarades comme c’est le cas dans la cour de récréation. Lire plus loin

On s’est rarement autant disputé avec nos amis et éloigné d’eux.

Dans Le Monde  des 4,5,6 avril 2021, un article intéressant par Zineb Dryet : L’amitié est-elle soluble dans le covid ? La journaliste montre combien les relations amicales sont mises à rude épreuve par les restrictions qu’impose la crise sanitaire. Je propose d’analyser avec l’analyse transactionnelle comment l’amitié même ancienne peut être altérée en situation de très grand stress.Une amitié de plus de 20 ans pour Julie et Sofia (37 ans ). Sofia est partie avec sa famille en Normandie où elle a une maison au bord de la mer. Julie est restée à Paris dans son petit appartement. Lire plus loin